A la table des hommes, de Sylvie Germain - Un roman troublant !


Poétique et percutant. Magnifique et terrible. Émouvant et choquant. Ce livre qui se questionne sur la bestialité de l'homme, est rempli d'éléments qui rebondissent les uns sur les autres.

Face aux lecteurs, deux personnages : un porc et un enfant sauvage.

La guerre tiraille les populations, et tandis que des bombes pleuvent sur une ferme, un porcelet suit une femme hagarde. Durant quelques jours, elle prend soin de lui, mais la folie la rattrape, et le nouveau-né porcin va devoir survivre dans les bois hostiles, seul.

Cette bête ne nous donne aucune explication, aucune interprétation, juste les faits. Lorsqu'il traverse des charniers, il ne fait que décrire la puanteur, l'amas des corps, et les premiers charognards qui accourent. On visite le monde des hommes à travers ses yeux; on comprend les situations qui sont pourtant rapportées sans commentaires, sans affects. Les mots simples exacerbent la violence de notre espèce : des hommes morts ? C'est comme ça, c'est tout.

Et opposée à toute cette cruauté, dans ce livre, la nature devient grandiose. Les paysages simples apaisent notre cœur, on apprécie les petits riens, on s'émerveille au passage d'une corneille. C'est troublant et fabuleux.

Puis il y a Babel, l'enfant sauvage qui a vécu loin de son espèce et qui la retrouve soudain. Il ne sait pas parler, pas se comporter correctement à table, pas s'habiller. Des enfants l'utilisent comme souffre-douleur, les adultes ne lui montrent pas leur affection. Il tente de s'adapter, alors que la forêt lui manque.