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DOSSIER BENJAMIN LACOMBE - Que valent ses nouveaux livres ?

22.04.2018

Benjamin Lacombe a été un de mes illustrateurs chouchous pendant plusieurs années. Fût un temps, il sortait un livre, et dans les mois qui venaient, je l'achetais illico-presto, bavant devant ses illustrations.

 

Le point culminant de cette fan-attitude, a certainement été le jour où je me suis faite dédicacer un de ses ouvrages, et où je lui ai dit à peu près... rien. Je ne sais pas vous, mais moi je n'arrive que rarement à engager la discussion lors d'une rencontre avec un auteur/illustrateur que j'aime bien (ma timidité et la foule se pressant derrière mon dos ne sont pas innocents dans cette affaire, Watson !).


En tout cas j'étais à peu près sûre d'adorer toutes ses réalisations. Depuis, j'ai le sentiment de m'être un peu lassée, et au risque de jouer la vieille bougonne, j'ai presque envie de dire que "c'était mieux avant". Je vous explique ça avec des photos de certains de ses derniers livres parus.

 

Frida, de Sebastien Perez et Benjamin Lacombe

 Celui-là, j'étais persuadée que j'allais le chérir, l'exposer, le mettre entre toutes les mains, et pourtant je l'ai reposé et rangé très vite car il m'a frustré. Je crois que je ne faisais tout simplement pas parti du bon lectorat de cet ouvrage.

 

Consacré à la vie de Frida Kahlo, il était prometteur, mi-hommage, mi-biographie, je m'attendais à en prendre plein les yeux. D'ailleurs la couverture était déjà impressionnante : colorée, mêlant parfaitement l'univers de Kahlo et Lacombe, elle aurait pu se contenter de toutes ces qualités. Toutefois, un dernier détail vient se glisser; cette couverture est toilée.  Une fois en main, l'effet est saisissant, et donne toute sa dimension au livre objet. Vous avez envie de le toucher, de le manipuler sous toutes ses coutures.

 

J'étais ravie d'en apprendre plus sur cette artiste mythique, sur laquelle je ne connaissais pratiquement rien. Je situais assez bien son type d’œuvres, mais de sa vie derrière son pinceau, j'en ignorais tout. Et là arrive ma première déception : je n'ai pas réussi à saisir le texte, découpé en thème comme "l'accident", "la médecine", "la faune", "l'amour" ou "la mort". Composé presque comme des poèmes, si vous ne connaissez pas au préalable la vie de Frida Kahlo, vous risquez d'être aussi largué(e) que moi. Heureusement que des pages explicatives agrémentent l'album, sinon je ne vous raconte pas dans quel brouillard j'aurais été !

 

D'habitude, je suis friande de métaphore, et j'aime bien la mélodie des mots de Sébastien Perez, mais alors là c'était vraiment trop obscure pour mon petit cerveau, je vous donne un exemple :

 

"C'est ainsi que je nais. Dans une pluie d'or qui en un instant m'éblouit le visage. Dans des odeurs de fer chaud et des fumées qui irritent les yeux, le soleil se lève sur un paysage nouveau. La jeune boiteuse est là, allongée sur le sol mécanique. Elle comprend alors qu'elle n'est qu'une chrysalide qui s'éventre. La vie la quitte tandis que je m'éveille."

 

Dans mon ignorance de la vie de l'artiste, il m'avait semblé comprendre qu'elle était née dans une usine, un lieu de ce style, et que sa mère mourrait alors en couche. En vérité, il vous faut comprendre par là qu'il s'agit d'un accident de bus où une barre de fer transperce Frida, la traumatisant à vie.

Et je soupçonne d'ailleurs les auteurs d'avoir rendu volontairement l'album complexe, pour inciter les gens à le décrypter, comme ils ont dû décrypter les toiles de Kahlo qui apparemment aimait les significations cachés, et les symboles.

 

Comme souvent avec Lacombe, la présentation n'est pas anodine. Il a utilisé la découpe laser sur de nombreuses pages, et le rendu est assez splendide. De plus, il me semble évident qu'il cherchait à représenter la vie "en morceau" de Kahlo, de ses phases dépressives, jusqu'à son corps abîmé.

 

 

 

Donc en gros, si vous voulez vous atteler à cet album - magnifique au demeurant - mieux vaut faire une licence d'art avant (j'exagère un peu). Dans un méli-mélo de vie et de mort, de fleurissant et de glauque, on effeuille l'âme de Kahlo.

 

 

 

 

Ondine, de Benjamin Lacombe

 Ondine aurait dû être un conte pour Lacombe : mélancolique, beau, macabre, mystérieux. A nouveau j'étais pleine d'espoirs ! Pourtant, je crois que c'est celui qui m'a le plus déçu.

 

Le texte m'a semblé naïf, pas très bien rythmé, souhaitant imiter de vieux récits de chevaliers. L'histoire d'amour contrariée et le triangle amoureux avait un côté bizarre, et je ne saurais pas expliqué cela, en dehors du fait que j'ai trouvé que ça manquait de passion sincère. C'est un avis très personnel, et peut-être que d'autres auront apprécié, mais je préfère nettement Benjamin Lacombe en illustrateur plutôt qu'en auteur...

 

De plus, alors qu'il a les deux casquettes pour cet album et que ça aurait été une occasion rêvée, il choisit de séparer clairement texte et illustrations, alors que j'aime tant quand les mots se mêlent au dessin. Chacun à sa page, et pas d'entrelacement !

 

Enfin, à chaque ouvrage son "expérimentation", et ici on a le droit à des feuilles de calques, laissant transparaître l'image suivante, jouant avec les superpositions, donnant le sentiment de regarder parmi les vagues. Mais l'idée reste la même sur tout l'album, et au bout d'un moment, les petits remous bleus de l'eau, on les a bien vu, on aurait pu passer à autre chose.

 

En bref, Ondine est moi, ça ne l'a pas trop fait, ça ne m'a pas semblé "habité" et la profondeur de l'histoire, qui normalement te bouscule un peu, ne m'a pas atteinte. Dommage, mais il a possiblement conquis le cœur d'autres lecteurs.

 

 

 

 

L'ombre du Golem, de Benjamin Lacombe et Eliette Abécassis

 

 

Pour terminer, "L'ombre du Golem", petit dernier, qui est bien plus un roman que tous les autres. Cent-soixante pages pour découvrir le mythe du Golem dans les rues de Prague.

 

Ce que j'ai particulièrement aimé, c'est qu'en lisant ce livre, j'ai retrouvé l'atmosphère et les paysages de la capitale de la République Tchèque que j'avais vraiment apprécié. La rue des alchimistes, le château, le cimetière juif, c'était comme un retour en terrain connu.

 

 

 

 

 

Sans être renversante, l'histoire est bien menée et relate la véritable origine du Golem, parfois considéré à tort  comme une sorte de "monstre". Je m'attendais à une complicité plus présente entre la créature et la jeune héroïne, pour un cocktail plus grand en émotions, mais les dessins étaient peut-être parfois là, pour combler ce qui n'était pas toujours dit en mots.

 

 

 

 

L'ouvrage donne, en somme, le sentiment de voyager pendant quelques instants dans le temps et l'espace, abordant le génocide juif, la censure comme l'astrologie ou le rêve de changer le plomb en or. L'atmosphère créée m'a plus absorbée que dans Frida, ou Ondine, et m'a plus mis des étoiles dans les yeux, même si je n'ai pas eu un coup de cœur comme lorsque je découvrais pour la première fois le talent de Benjamin Lacombe.

 

 

 

 

Je crois pouvoir maintenant mieux comprendre ce que j'attends de cet artiste : je préfère lorsque texte et image ne font qu'un, et me donnent l'impression d'être face à un carnet intime comme avec Les super-héros détestent les artichauts et Marie-Antoinette, Carnet secret d'une reine, qui restent les deux titres de Lacombe, indétrônables dans mon cœur.  D'ailleurs, si vous ne les avez jamais vus, je vous les recommande !

 

Je conclue ce long article en soulignant, que même si je suis parfois critique envers ces ouvrages, je reste admirative des planches réalisées, que les dessins semblent souvent véhiculer une émotion qui leur est propre, et qu'il faut beaucoup de talent pour faire cela. Si je suis parfois déçue, c'est certainement aussi, parce que j'en attends beaucoup. Bref, Benjamin, je t'adore toujours, tout de même.

 

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